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Archive for the ‘Lieux de mémoire’ Category

Cette photo a été prise dans le jardinet de façade d’un pavillon aujourd’hui disparu, qui se situait chemin des Musses non loin de la gare Saint-Laud dans un quartier périphérique d’Angers,…Ne subsiste de lui aujourd’hui qu’un « haricot » de carrefour!

C’était à la fin des années cinquante du siècle dernier… En 1958 peut-être. Sans doute avant septembre. Pourtant il faisait manifestement frisquet!

Une sorte de cousinade improvisée à l’occasion d’une visite familiale chez « la tante Germaine », sœur du grand-père maternel des enfants. Et chez son époux, l’oncle Joseph…

Un grand-père, à peine entrevu par les trois plus grands des queniaux! Un grand-père dont d’ailleurs une des petites filles portait, tels un stigmate ou une attestation mémoriels de filiation, le prénom féminisé.

Un aïeul « virtuel » donc, juste croisé autrefois et désormais oublié dans les jeux de « chat perché »…mais néanmoins omniprésent dans ces petites têtes d’enfants du baby-boom et des Trente glorieuses !

Sacré « P’tit Louis », ce grand-père devenu un mythe pieusement entretenu par la famille, et même une « belle » légende forgée à force de prières récitées en sa mémoire, chaque soir avant de dormir, pour améliorer l’ordinaire d’une éternité glorieuse si bien méritée…Du moins le prétendait-on!

Presque un saint de bonté – disait-on aussi – qui, toutefois, avait fait la guerre! Surtout une, avec ses ombres et ses lumières, ses grandeurs et ses servitudes…Il s’en était mieux sorti que son frère en 1918. Pas longtemps malgré tout, car en 1951, âgé de 52 ans, il fut emporté à l’affection des siens par un infarctus, après une vie de devoirs et sûrement aussi, quelques frustrations…

Il avait été ferblantier, « hirondelle municipale » et jardinier, mais aucun des gamins n’avait gardé le moindre souvenir d’avoir été bringuebalé dans sa bérouette du chemin de la Treille, en contrebas du remblai du petit Anjou…

A moins que, parfois, en songe, dans un rêve à la Lewis Carroll!

C’est à cause de lui, en tout cas, que, quelques années auparavant, les aînés qui venaient juste de troquer leurs langes pour des barboteuses – s’étaient vus décorés d’un « brassard noir » sur la manche gauche du manteau ou sur celle de leur gilet tricoté par la veuve éplorée du défunt, leur grand-mère… Ça se faisait en ce temps-là!

Mais, au jour de la photo, en visite chez la sœur du fantôme, et chez l’époux de la sœur du fantôme, bricoleur persévérant d’un émetteur radio nasillard qui renvoyait un son venu des étoiles, ils ne portaient plus le ruban du deuil… Faut bien que ça cesse un jour…Seule la grand-mère était vêtue de noir, de pied en cap, comme il était d’usage alors…

Depuis on a appris sur les bancs de l’université que l’oncle Joseph captait le rayonnement fossile de l’univers. Il n’en demandait certainement pas tant.

Qui c’est « ils » ?

C’était nous, il y a soixante ans!

C’était nous et tous les autres, car, de ce même jour, un autre cliché témoigne. Pères et mères, grand-mère, oncle et tante étaient présents et posaient pour la postérité.

Qui était le ou la photographe?

 

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Elle était l’ultime représentante du mobilier parental de la salle de séjour du 6 bis rue de Messine à Angers dans les années soixante… Dernière également à être encore là, fidèle au poste dans l’appartement déserté de Massy où elle « siégeait » depuis près d’un demi siècle!

Fièrement, comme dans un dernier défi ou une ultime fanfaronnade avant liquidation, la pauvre chaise, usée par les ans et désormais inutile – encombrante –  mais toujours vaillante, se dresse sur le tas d’objets hétéroclites et de meubles fracassés qui demain, dès l’aube, partiront vers la déchetterie municipale…

En détournant le regard et en essuyant furtivement une larme, on l’a posé ici le cœur gros, un peu comme on l’aurait fait en abandonnant pour toujours entre les mains d’un vétérinaire, un vieil animal de compagnie, perclus de rhumatismes et incontinent, baveux et à bout de souffle!

Les nettoyeurs des espaces urbains, exécuteurs modernes des basses œuvres mettront ainsi un terme à son destin de siège, qui avait été scellé au cours des Trente Glorieuses. Après les restrictions et les malheurs de la guerre, son acquisition incarnait – modestement – un début d’aisance matérielle, avec la table marquetée et le buffet plat assorti en bois clair vernissé. On en n’était pas alors à s’insurger contre le consumérisme. Au contraire, on l’appelait de nos vœux, comme un des symboles de l’égalité républicaine et de la prospérité retrouvée. S’installer à son aise, c’était déjà gravir une marche de l’échelle sociale…

Demain, ses bois de chaise redeviendront anonymes avant d’être transformés en cendres fumantes …

Personne ne saura plus désormais que quatre – presque cinq- générations se sont assises dessus. Personne n’entendra plus ses craquements suspects. Personne ne témoignera plus de l’inconfort supporté par les enfants lorsqu’ils devaient y rester collés des heures, pendant ces interminables banquets de famille – réglés par la cuisson du gigot d’agneau et de ses mogettes – et arrosés de « coteaux du Layon », qui autrefois ponctuaient les fêtes familiales dans les provinces de l’Ouest.

Accessoire incontournable des communions « solennelles » d’antan, des retours de noces ou des fêtes religieuses, comme Noël ou Pâques, sa présence discrète attestait surtout du plaisir de se retrouver et de se tenir chaud face aux aléas de la vie.

Oui! Cette chaise fit partie de nous-mêmes en un temps où la famille se confondait encore avec la tribu.

Beaucoup des protagonistes de cette époque ont disparu et c’est désormais au tour de la chaise de définitivement s’évanouir sans bruit pour rejoindre nos souvenirs. Il y a d’ailleurs bien longtemps déjà qu’elle n’était plus en première ligne pour accueillir les postérieurs familiaux des grands-mères, des grands oncles ou des grandes tantes… voire des cousins, cousines et bien sûr des nôtres …

« Réserviste »de longue date, elle avait été remisée dans un coin de l’appartement… Hormis les jours de grande affluence, de plus en plus rares ces dernières années, où elle était mobilisée comme siège d’appoint, on ne la remarquait plus.

Depuis que ceux qui l’avaient acquise ne sont plus là, elle était devenue invisible. Ils étaient en effet presque les seuls à partager (encore) avec elle l’indicible mais prégnante nostalgie d’une époque révolue. Bon an, mal an, elle s’obstinait, malgré tout et à sa mesure, à être le miroir de leur jeunesse et à demeurer un témoin muet et branlant, presque obsolescent d’un passé qu’ils regardaient avec tendresse.

Elle est la dernière à quitter le navire… Désormais c’est Facebook qui comblera le vide. C’est dans l’air du temps!

Déjà les charognards s’activent autour d’elle! Peu de chance, cependant qu’ils s’y intéressent… Rafistolée -fût-ce avec amour – elle a peu de chance d’attirer le chaland sur une brocante dominicale ou un autre vide-grenier!

Adieu la chaise ! Ta place est désormais inoccupée, vide, complètement vide pour la première fois depuis quarante cinq ans. N’empêche que tu restes encombrante… Encombrante comme un reproche!

 

 

 

 

 

 

 

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Aujourd’hui 1er juin 2018, il aurait fêté ses quatre-vingt douze printemps… Mais comme l’écrivait si joliment, ce matin, ma fille aînée:

« Il n’y aura pas de nouvelle bougie aujourd’hui sur le gâteau de papi, ton papa…

Mais il y aura un souvenir vivace et éternel de toutes celles posées avant. »

« Un clin d’œil » ajoutait-elle!  Il aurait aimé…Car il aimait les mots et jouer avec.

Certes il était très âgé quand il est parti dans les frimas de novembre! Certes nous le savions très malade et sans rémission possible! Rien qu’en nous observant, on aurait pu savoir qu’on savait et qu’on s’y attendait! Nous serions donc malvenus désormais de gémir comme d’antiques pleureuses ou de nous insurger contre un sort implacable car il est dans la nature et dans l’ordre des choses que s’incliner sur la tombe de ses parents, et non l’inverse! C’est la quintessence de la condition humaine.

N’empêche!

Ce matin, pour la première fois, nous nous sommes rendus, sans gâteau, sans bougie, sans cierge ou livre de prières – surtout pas – sans fleur même – à quoi bon! –  jusqu’au cimetière parisien de Thiais, où ses cendres ont été épandues – « déposées » – le 12 décembre 2017, dans le jardin du Souvenir par le centre du don des corps de l’Université Paris-Descartes.

Une nécropole végétale, vaste et verte prairie d’herbes sauvages, en attente de fauchage en ce printemps pluvieux. Les morts, sans bruit, font-ils les foins?

Division 102 – Jardin des souvenirs du cimetière parisien de Thiais

Il aurait aimé aussi ce jardin-là, ce mausolée qui n’en est pas un! Celui d’une nature luxuriante non totalement bridée mais néanmoins encadrée. Respectueuse de la diversité biologique! Du moins de l’idée qu’on s’en fait en haut lieu.

De son vivant, il aimait à la fois l’ordre juste et le mouvement rédempteur du désordre! C’est ainsi qu’il entrevoyait et évoquait la puissance du créateur, moteur de toutes choses. Nous, non!

N’empêche qu’on était ici pour lui! Comme s’il pouvait se manifester pour nous!

Allez savoir pourquoi face à ce champ sans âme qui vive … Sans le moindre indice d’une quelconque immanence, encore moins d’une hypothétique transcendance.

« La force de l’esprit » aurait-dit Mitterrand dont mon père demeura jusqu’au bout un fan! Nous, non…

Pourtant, on était là, en quête – ou plutôt presque en quête – d’une illusoire explication métaphysique, à regarder, incrédules, la végétation croître à foison! Une recherche sans but identifiable et néanmoins nécessaire, mystérieuse…

Rien n’était perceptible, hors le silence de l’absence et un sentiment irrépressible d’abandon! Et la tristesse toujours vive dans nos cœurs.

Et puis la pensée réconfortante ou nonchalante que la vie explosait ici de toute part, comme ailleurs, et peut-être un peu grâce à lui … Papa!

Une façon champêtre bien que banlieusarde de ne pas l’oublier…

Stèle de l’Université et de la Ville de Paris en hommage à ceux qui font don de leur corps à la science

 

 

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« Avant » c’était ici au cours du dernier quart du siècle précédent et de son prolongement dans la première décennie du nouveau millénaire…

C’était les apéros en famille au milieu des fleurs sur la terrasse.

C’était ces discussions qui s’éternisaient les soirs d’été avec les amis de passage ou la famille de province, tous disparus aujourd’hui. Ou presque!

« Avant », c’était aussi la fierté de ma mère, veillant sur ses semis, dans une minuscule serre protégée des intempéries et installée par mon père, face à la fenêtre de sa cuisine. C’était sa satisfaction de nous offrir pour nos carrés de jardin, des plants de salade, de tomate ou d’asters, emballés dans du « Sopalin » humidifié, emprisonné dans une feuille d’aluminium froissé. La plupart des autres pousses était destinée au potager « miraculeux » de leur fermette d’Onville en Beauce, et ultérieurement au « jardin de Louisette ».

C’était encore les courses folles des enfants se faufilant à vive allure à travers ce labyrinthe végétal, en chevauchant d’improbables jouets à roulette, chinés aux « encombrants ».  Presque toujours mais pas toujours, ils parvenaient à esquiver les bacs à fleurs, les jardinières, ou les pots de rosiers ou de lauriers, qui peuplaient la terrasse … Parfois ils les égratignaient, à moins que ce ne fussent leurs genoux. « Avant » c’était leurs rires, lorsque prétextant l’arrosage, ils s’aspergeaient mutuellement, au grand dam de leur parents mais avec la complicité de papy …

C’était enfin la famille rassemblée sur la terrasse, un verre de vin d’Anjou à la main, pour regarder les feux de Bengale ou d’artifice, lancés des balcons ou du square voisins, les nuits de l’an neuf ou de fête nationale.

Ça, c’était avant et ce n’est plus qu’un souvenir! Un souvenir refuge pour les jours sombres…

« Après », ce fut ce matin de mai 2018, sur la terrasse vide, désertée à jamais par les fleurs de mon père et de ma mère. Une terrasse devenue muette et orpheline, silencieuse des cris d’enfants qui l’animaient jadis. Une terrasse où rien ne vient plus troubler le ballet aérien des mésanges et leur contentement de se restaurer en piaillant sous l’auvent de la cuisine. Mais il n’y a plus de  mésanges, car personne n’approvisionne plus la mangeoire à oiseaux, qui, du reste, a été enlevée. Plus aucun cri n’effraie les pies voleuses, locataires de l’érable d’en face, en perpétuelle attente d’une aubaine alimentaire. Elles passent leur chemin, c’est tout! A quoi bon interrompre ou troubler leur envol en vue d’un larcin qui n’a plus lieu d’être.

Infortunée terrasse que je foule seul, et dont la rambarde n’a dorénavant plus d’autre fonction que de servir de support publicitaire à l’agence immobilière qui vient d’en assurer la vente…

Le décor extérieur des immeubles alentour demeure. Identique à lui-même. Immuable depuis près d’un demi siècle. Pour autant, la rupture entre le passé et le présent semble définitivement consommée, tandis que l’idée du futur ne renvoie plus guère qu’à un sentiment d’opacité et d’imprévisibilité!  Désolant spectacle et déstabilisante perspective.

Me vient alors à l’esprit cette célèbre chanson de Guy Béart:

« Il n’y a plus d’après à  Saint-Germain-des-Prés, 
Plus d’après-demain, plus d’après-midi 
Il n’y a qu’aujourd’hui quand je te reverrai à Saint-Germain-des-Prés 
Ce n’sera plus toi, ce n’sera plus moi 
Il n’y a plus d’autrefois « 

Mais voilà qu’opportunément surgit aussi – comme s’il fallait rendre cohérentes mes pensées et mes arrières pensées – l’éternelle question de la continuité/discontinuité des instants et des moments de nos pitoyables existences! Celle obsédante de tous les rendez-vous manqués! Celle lancinante qui fut à l’origine de mes études. Celle à laquelle je crains de ne jamais savoir répondre… En un mot, celle du temps qui passe.

Mais « l’avant » et « l’après » ont-ils vraiment un sens lorsqu’ils s’appliquent au temps ?

Cette question n’aurait-elle pas plus de pertinence que l’interrogation adressée à un explorateur de l’Arctique, auquel on demanderait ce qu’il observe au nord du pôle nord ! Guère plus de bien-fondé non plus que de s’inquiéter de l’existence d’un temps avant le temps! Ou d’un temps comme celui de Lamartine qui suspendrait son vol.

Au cours des deux derniers siècles, les théoriciens de la physique – Albert Einstein en tête – se sont accaparés cette problématique existentielle, qu’ils finirent, sur notre injonction, par transformer en un enjeu philosophique… Selon eux, le temps et l’espace sont étroitement imbriqués, et sont « nés » jumeaux de l’acte fondateur et fécondant de notre univers, le Big-Bang d’il y a 13,7 milliards d’années.

Et justement à propos de cet univers, dont il semble que l’on sache tout – ou presque – (tout le sel de cette énigme réside dans l’adverbe « presque »), on dit maintenant qu’il serait lui-même issu, de microscopiques fluctuations du vide « quantique », autrement dit d’un vide suffisamment « plein de rien », hormis d’énergie, pour produire en même temps, l’infiniment grand et l’infiniment petit, dont nous serions les lointains descendants…

Le scénario de notre généalogie cosmique est d’ailleurs désormais assez abouti pour nous faire passer, en un tour de neurones et quelques fractions de fractions infinitésimales de seconde, de « rien à quelque chose », à la suite d’une hypothétique explosion cataclysmique qui progressivement aurait troqué le dé à coudre, hyper-dense des premiers instants, en un univers de milliards de galaxies, et en une matière dont nous sommes constitués…Du moins, avons-nous de bons motifs de penser que cet échafaudage est un compromis plausible.

Quelques milliards d’années plus tard, nous sommes là, prisonniers de notre illusion du temps et de l’espace ! J’en fus encore le jouet ce matin.

Il demeure que dans cette débauche relativement récente de découvertes, il manque encore, pour aboutir à une certaine compréhension de l’incompréhensible, la « vision » de l’instant initial, c’est-à-dire, de ce petit souffle hasardeux, générateur de presque rien mais à l’origine de tout, et précurseur d’un temps et d’un espace encore indifférenciés au sein desquels on continue de faire notre marché de chimères !

C’est pourtant dans ce lieu et dans ce temps qui n’en sont pas vraiment – bien qu’on se plaise à le croire, faute de pouvoir procéder autrement – que se sont calés d’emblée les paramètres et les caractéristiques de notre univers, parmi, probablement, de multiples autres choix possibles !

Bref on se retrouve là sans trop savoir pourquoi, n’ayant pour toute boussole que notre raison ! Une arme performante et efficace – jouissive même – pour peu qu’on se refuse aux facilités de l’assistanat de la pensée et aux délices de l’obscurantisme qui postule la primauté de la révélation sur le savoir!

N’empêche qu’on n’échappe pas à l’interrogation sur le temps qui passe. Que ce soit sur une terrasse massicoise endeuillée ou dans un aréopage de scientifiques éminents, et parfois inutilement bavards. Comme moi présentement! Mais on finit toujours par s’interroger à la manière d’un Augustin d’Hippone qui au quatrième et cinquième siècle de notre ère dissertait déjà sur la nature du temps !

Certes nos réponses sont différentes des siennes et la quête de sens – si tant est qu’elle porte sa propre finalité – n’est pas notre préoccupation première.

N’empêche!

« Qu’est-ce donc que le temps ? » écrivait Saint Augustin dans ses « Confessions ».

« Si personne ne me le demande, je sais.

« Si, on me le demande et que je veux l’expliquer, je ne sais plus. Pourtant, je suis sûr de savoir que si rien ne passait, il n’y aurait pas de temps passé, et que si rien n’advenait, il n’y aurait pas de temps futur, et que si rien n’était, il n’y aurait pas de temps présent.

« Ces deux temps, passé et futur, comment sont-ils, puisque le passé n’est plus et le futur n’est pas encore ?

« Et le présent, s’il était toujours présent, s’il ne passait pas dans le passé, il ne serait plus un temps mais l’éternité.

« Si le présent pour être un temps, doit passer dans le passé, comment dire qu’il est, puisqu’il est de n’être plus ? Nous ne pouvons dire vraiment que le temps est, parce qu’il tend à ne pas être… »

Le temps ne serait-il donc qu’une illusion… Mais une illusion tenace, comme le déplorait Einstein à la fin de sa vie…

J’aurais pu témoigner de cette ténacité, ce matin à Massy, sur la terrasse de l’appartement de mes défunts parents…

A ce compte, la vie elle-même n’est peut-être qu’une illusion, née d’un big-bang individuel et domestique, qui donne à chacun la possibilité de construire et de prospérer dans son temps et son espace propres! La mort étant le stade ultime de l’augmentation entropique de notre univers singulier.

La fenêtre d’où ils nous saluaient lorsque nous partions – Avant.

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Il y a tout juste cent ans, le 27 mars 1918 en fin d’après-midi, sous un ciel gris et pluvieux, dans lequel alternaient les averses et de timides éclaircies, l’adjudant Albert Venault, âgé de 25 ans, était grièvement blessé au ventre à proximité du village de Fignières à cinq kilomètres au nord de Montdidier…

Albert Venault (1893-1918)

Sous la mitraille ennemie, ininterrompue depuis midi, il dirigeait la retraite de sa section, ordonnée par l’état-major après l’épuisement des munitions. Tout indique que « méprisant le danger » (selon le journal de son unité), face aux incessantes attaques des fantassins allemands positionnés sur le moindre dénivelé de terrain, il a pris tous les risques, pour protéger le repli de ses hommes… Trop sans doute, car selon les citations à l’ordre de son régiment, il s’était, à de nombreuses reprises, distingué pour sa bravoure au combat. Il s’était constitué en dernier rempart face aux mitrailleuses.

Dès qu’il fut touché, un infirmier et des brancardiers se précipitèrent à son secours « sous un feu effroyable » mais, en dépit de trois tentatives successives, où ils parvinrent à le mettre à l’abri d’un talus, ils ne purent réaliser le pansement d’urgence qui aurait stoppé l’hémorragie…

Les premiers soins ne lui furent en fait prodigués qu’une heure plus tard après avoir regagné les lignes françaises dans un petit bois tout proche…

Dans la nuit, il fut transporté, agonisant, dans une ambulance, vers un hôpital de campagne à une quarantaine de kilomètres au Nord-Ouest de Fignières, dans le village de Namps-au-Val où il décédera dans la journée du 28 mars 1918…

Albert Venault était le frère aîné de ma grand-mère maternelle Adrienne Turbelier, née Venault (1894-1973). C’était son compagnon de jeux, son principal confident et son complice de toujours. Jamais elle ne se consolera de cette perte. Jamais elle ne l’oubliera, continuant de l’évoquer, la larme à l’œil, un demi-siècle plus tard. J’en fus témoin!

Albert fut une des multiples victimes de cette ultime et effroyable offensive allemande en Picardie du printemps 1918.

« L’opération Michel » – ainsi nommée par l’état- major allemand – débuta le 21 mars 1918. L’objectif de son stratège, le général Ludendorff, était de percer une brèche entre les troupes anglaises (canadiennes et australiennes) et l’armée française, et en s’y engouffrant, de s’ouvrir la voie vers Paris …

Et il y avait mit le paquet en mobilisant trois armées et une concentration impressionnante d’artillerie, chargée de pilonner sans relâche les lignes françaises et anglaises, et même Paris, préalablement à un déploiement monstrueux de troupes d’attaque sur le terrain!

La mort d’Albert intervint trois jours seulement après que les alliés prirent conscience, sous l’impulsion de Georges Clémenceau, du danger mortel de cette poussée allemande de la dernière chance. Et qu’ils décidèrent de mettre en place une unité de commandement, confiée au futur maréchal Foch, nommé généralissime.

Albert ne connaîtra pas la victoire qui commença à s’esquisser dans les semaines qui suivirent!

Lui, il était sous les drapeaux depuis janvier 1913, depuis son engagement pour trois ans à la mairie de Parthenay, dans les sapeurs du 6ième génie d’Angers…Il était terrassier de profession, il était patriote: ça lui convenait!

Depuis le début de la guerre en août 1914, il avait donc été sur tous les fronts de la Champagne à la Belgique, de Verdun au chemin des Dames, de l’Artois à l’Alsace, de la Somme à la frontière suisse …

Sous le feu ennemi, dans les pires conditions de danger, il avait, comme tous ses camarades du génie, construit, un peu partout sur la ligne de front, divers ouvrages de défense, participé au creusement des tranchées et érigé des ponts pour franchir des rivières…Maintes fois, il était revenu à l’ouvrage, maintes fois ce qu’il avait échafaudé avait été détruit par l’ennemi!

Quelques jours avant ce funeste 28 mars, son régiment était encore Lorraine, dont il avait gardé la carte, retrouvée dans sa capote après sa mort!

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Albert repose désormais dans le petit cimetière militaire britannique de Namps-au-Val dans la Somme, au milieu des soldats de sa Majesté avec quelques poilus français tombés au cours de cette offensive. Je lui rendis visite, il y a quelques années, au nom de sa sœur qui ne s’est jamais recueilli sur sa tombe.

A titre posthume, il reçut la croix de guerre avec palme et la médaille militaire.

 

C’était un de mes grands-oncles.

PS: Le 26 novembre 2011, je lui ai déjà consacré un billet sur ce blog: « Albert Venault, un frère admiré et trop tôt disparu ».

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Dans son recueil de souvenirs, rédigé en 1985, Maurice Pasquier (1926-2017) – mon père – n’évoquait pas explicitement le chantier forestier 1607 autrement appelé « camp de Beauregard », qui avait été installé durant la seconde guerre mondiale sur la commune de Clefs entre Baugé et La Flèche, en limite du Maine-et-Loire et de la Sarthe …

Il y faisait juste une allusion en mentionnant qu’au matin du mardi 6 juin 1944, jour du débarquement en Normandie, il fut réquisitionné par « l’occupant » pour être bucheron dans une forêt proche de Baugé…Il était à son travail d’ajustage, dans l’entreprise de filatures et de corderies Bessonneau, lorsqu’il apprit son départ forcé – toutes affaires cessantes – pour le pays baugeois! Ce matin là, pourtant, les perspectives étaient moins sombres que de coutume, car déjà circulait dans les ateliers la rumeur d’un débarquement massif des troupes américaines sur les côtes normandes…La chape de plomb nazie semblait soudainement moins lourde.

Aussi, malgré sa tristesse d’être enrôlé de force, c’est avec « l’espoir au cœur » – selon ses propres termes – qu’il se résolut à cette épreuve qui, de toute façon, s’imposait à lui! Juste le temps de faire un saut, chez lui, rue de la Madeleine pour prendre son paquetage, et il gagna la gare Saint-Laud à Angers. Là, il devait monter dans le tortillard du « Petit Anjou » en direction de Baugé…

Comme il le pressentait, le départ fut retardé durant de longues heures, le temps pour les agents des compagnies de chemin de fer de déblayer des voies et de remettre provisoirement en état quelques unes des lignes bombardées dans la nuit du dimanche de Pentecôte, moins de huit jours auparavant !

Comme tous les angevins brutalement réveillés peu avant minuit, le 28 mai 1944, par le hurlement des sirènes et par le vrombissement des avions Lancaster, Maurice avait été le témoin impuissant de cette tragédie nocturne, meurtrière et néanmoins annonciatrice d’une promesse de libération… Il avait entendu les déflagrations des bombes incendiaires explosant sur la gare Saint Laud et avait aperçu au loin, le quartier attenant en proie aux flammes qui rougeoyaient tout l’horizon.

Le bâtiment de la gare avait été éventré. Plusieurs locomotives détruites et les rails déformés, tandis qu’une grande partie des immeubles du quartier était en ruine. Pour cette seule nuit, on ne déplora pas moins de deux-cent morts et autant de blessés. Sans compter les quelques sept-mille sinistrés en quête d’un abri.

Maurice connaissait bien l’étendue des dégâts que ce carnage avait occasionnés. D’une part, au travers du témoignage de son père – Marcel Pasquier (1892-1956) – cheminot au fret de la gare Saint Laud, et d’autre part parce que lui-même s’était porté volontaire pour participer aux éprouvantes opérations de secours dans les immeubles écroulés…

Place de la Visitation à Angers (Ouest France)

Comme d’autres jeunes de son quartier – dont mes oncles maternels, les frères Turbelier de la rue Desmazières – il avait tenté d’extraire des survivants des décombres encore fumants! Souvent en vain… C’était surtout à des morts qu’ils avaient eu affaire. Ce spectacle épouvantable, associé à la chaleur et à l’odeur nauséabonde des cadavres en voie de décomposition le hantait encore, près de trois quarts de siècle plus tard.

Maurice avait assurément connu la peur et l’effroi, mais il s’abstenait d’en parler, comme frappé d’amnésie.

Dans ce décor d’apocalypse, il ne fut donc pas étonné d’apprendre que le petit train du Maine-et-Loire – le Petit Anjou – ne circulait pas normalement quelques jours seulement après le drame! De son point de vue, il n’y avait d’ailleurs pas d’urgence.

Ce n’est donc que dans l’après-midi du 7 juin 1944 qu’il rejoignit Baugé… Là, des camions « affrétés » par l’occupant, c’est-à-dire réquisitionnés, faisaient la navette pour parcourir les quinze kilomètres qui séparaient la gare du chantier forestier, le chantier 1607. Lequel se situait au nord-est de Clefs à proximité du Château de Mélinais

Bien que n’étant pas volontaires pour abattre des arbres en forêt, Maurice et ses camarades d’infortune n’étaient pas, pour autant, des prisonniers. Ils jouissaient en principe d’une certaine liberté de mouvement et étaient même censés toucher un salaire …

Le camp lui-même n’était plus directement administré par l’armée d’occupation, ni placé sous son autorité. De la sorte, ces « bûcherons d’occasion « , pour la plupart originaires des pays de Loire pouvaient espérer bénéficier de « permissions », qu’ils mettraient à profit pour retrouver leurs familles, et se doter des produits de première nécessité que leur soudaine assignation leur avait interdit d’emporter!

Cet affichage de façade qui rappelait un peu les « chantiers de jeunesse » des débuts du pétainisme, ne trompait en réalité personne, car chacun était conscient que l’exploitation des forêts françaises était à la botte de l’occupant et qu’elle était destinée à satisfaire ses seuls besoins, notamment en énergie primaire pour le chauffage et les gazogènes, ainsi qu’à la fabrication de poteaux d’étaiement des mines de charbon du Nord de la France, sous son contrôle…

Cet apport circonstanciel de main-d’œuvre était indispensable en ce printemps 1944, car la Wehrmacht essuyait de nombreux revers, qui la privaient d’une grande partie des ressources qu’elle s’octroyait auparavant par le pillage des territoires autrefois conquis, mais qui devenaient incertains du fait des combats …

Lorsque Maurice parvint au Camp de Beauregard dans la soirée du mercredi 7 juin 1944, les effectifs des résidents étaient quasiment réduits aux seuls encadrants… En effet, le camp avait été l’objet le 22 novembre 1943 d’une rafle des juifs français et étrangers, qui y avaient été « internés » entre 1942 et 1943, et qui constituaient l’essentiel des présents.

A l’exception de six d’entre eux, qui réussirent à s’échapper, aidés par des habitants du coin, tous les autres furent arrêtés par les nazis qui avaient encerclé le camp, et furent déportés à Auschwitz.

Aucun n’échappa à la mort.

Plaque apposée  sur la place la mairie de Clefs portant le nom des victimes juives (Source Internet)

Mon père ignorait tout de cette tragédie quand il s’installa dans les baraquements partiellement inoccupés du camp… En effet, les nazis ou leurs complices pétainistes n’assuraient guère la publicité de leurs crimes racistes ou de leurs exactions. En particulier, dans les régions où ils les commettaient…

Cependant, quoiqu’on fasse ou quelque précaution qu’on prenne pour masquer les méfaits, les lieux conservent longtemps les stigmates des horreurs qui s’y déroulèrent. Ainsi, l’ambiance au camp de Beauregard devait être bien lugubre en ce printemps 1944, et on peut penser que l’atmosphère était oppressante, pour toute personne débarquant à la tombée de la nuit dans cette clairière isolée au milieu de la forêt.

Maurice, comme ses compagnons d’un jour ne furent certainement pas insensibles à ce climat lourd et équivoque qui hantait l’endroit. Ils ne pouvaient pas ne pas s’interroger sur le sort réservé à ceux qui les avaient précédé ici, dont ils ne savaient certes rien mais dont ils devaient forcément ressentir la présence immanente et invisible! En ce dernier printemps de barbarie nazie – sans doute le plus féroce pour la France martyrisée – le « chantier 1607 » apparaissait comme un théâtre déserté, où erraient en quête de justice, les ombres des juifs assassinés qui travaillaient là, six mois plus tôt.

Comment dans ces conditions et dans ces circonstances, ne pas être moralement ébranlé? Comment ne pas se sentir abandonné par la « providence » ? Comment, en outre, ne pas être déprimé, en découvrant les paillasses défoncées faisant office de lit et d’une manière générale, le caractère fruste de l’hébergement?  Comment surmonter la promiscuité? Comment enfin accepter cette fatalité qui transforme soudainement un ajusteur aimant son métier en un forçat tenu de scier du bois en forêt, dix à douze heures par jour? Comment s’accommoder de la rudesse d’une telle tâche, lorsqu’en plus, on est médiocrement nourri?

Autant d’angoissantes pensées qui conduisirent Maurice à confier son désarroi, à la seule personne qui, au-delà, des mots, saurait décrypter son cri de détresse, à savoir sa mère!

Le lendemain même de son arrivée, il lui écrivit…

Ce premier courrier parvint à Marguerite Cailletreau (1897-1986) le 10 juin 1844 au matin, car paradoxalement la Poste fonctionnait…

Elle prit immédiatement sa plume et lui répondit!

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Cette réponse d’une mère à son fils en difficulté, Maurice l’a conservée précieusement jusqu’à la fin de ses jours.

Pudiquement, il nous l’a transmise sans commentaire parmi d’autres lettres de cette époque qu’il n’a pas voulu détruire et qu’il nous a laissé découvrir sans consigne préalable… Maurice, par pudeur ou par timidité ou peut-être par éducation était avare de confidences sur ses sentiments intimes…

Sa mère était sans doute pour quelque chose dans cette retenue. Et dans une certaine mesure, sa lettre du 10 juin 1944 témoigne de cette conception presque janséniste des relations affectives… Mais cette réserve apparente qui exclut toute déclaration intempestive ou exubérante des sentiments, n’exprime ni désintérêt, ni désamour. Bien au contraire, l’ensemble du texte n’est qu’un témoignage de la profonde affection qu’elle porte à son fils, mais de manière détournée en s’intéressant à ce qu’il mange et en lui prodiguant des conseils pour éviter qu’il ne se fatigue et pour préserver sa santé…

Elle forme le souhait que cette guerre se termine et que tous se retrouvent…Elle lui donne des nouvelles du quartier et détail amusant, elle lui transmet le « bonjour » des « deux Turbelier », les frères d’Adrienne, notre mère qu’il ne rencontrera que quelques mois plus tard! Pointe une certaine émotion, quand elle remercie Maurice le lui avoir souhaité son anniversaire…

Mais il est vrai qu’il faut attendre la fin de la lettre pour qu’elle ose exprimer plus directement sa tendresse, mais seulement au travers d’une formule dans laquelle elle s’oublie au profit du couple qu’elle forme avec son mari, le père de Maurice.

 » Tes parents qui t’aiment et qui t’embrassent bien affectueusement »

Toutes les correspondances qu’elle lui adressera par la suite se concluront de la même manière… Et pour toutes, elle signera de son nom d’épouse  » Pasquier ».

Cette lettre du 10 juin 1944 est intéressante à un autre titre: elle atteste que Marguerite Cailletreau savait écrire – et même assez bien pour une personne qui n’avait suivi pour toute étude qu’un enseignement primaire dans l’école laïque du Lion d’Angers avant la guerre de 14-18. Ce constat contrevient à l’image que l’on a souvent brossé d’elle, d’une femme entièrement clouée dans sa cuisine, sacrifiée à ses enfants et à son ménage!

Le lundi 12 juin 1944, elle réécrira à son fils où elle fait part de ses inquiétudes sur ses conditions de vie… Désormais, le ton est plus tendre…Elle l’interpelle à plusieurs reprises (« Mon Maurice ») et se déclare prête – Dieu sait comment – à lui fournir ce dont il aurait besoin et qu’il ne pourrait pas se procurer…

Le 16 juin, de nouveau elle prend sa plume pour son fils, mais il s’agit cette fois de l’associer à la vie de la famille: elle lui annonce que son frère Jean a obtenu son certificat d’études et lui fait part de sa lassitude de cette guerre et de l’angoisse des alertes de bombardements désormais quotidiennes.

Le samedi 17 juin 1944, Maurice obtient une première permission. Ce sera aussi sa dernière, car ayant rejoint Angers, il ne réintégrera pas le chantier 1607 où il ne sera demeuré au total qu’une dizaine de jours!

« Déserteur » pour les autorités allemandes, il devra se cacher… Jusqu’au jour, probablement à la mi-juillet 1944, où il sera repris par la Feldkommandantur d’Angers…

Passé à tabac, il sera envoyé dans un autre camp, du côté de Chinon, plus rude et placé sous l’autorité directe de l’armée allemande…Il s’en évadera…

C’est une autre histoire.

 

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Comme le temps passe! C’était le 26 décembre 1828 à Montjean-sur-Loire en Anjou…

Ce jour-là, sous le règne du très conservateur roi de France Charles X, Angélique Pasquier, épouse de Louis Fillion, un filassier de chanvre du cru, met au monde Marie Fillion (1828-1911).

La petite Marie, cadette de la famille, sera elle-même, mère d’une très nombreuse descendance, dont mon arrière-grand-père Alexis Turbelier (1864-1942) qui naîtra également à Montjean-sur-Loire, quelques trente six ans plus tard.

D’elle, on ne sait rien ou presque, hormis quelques souvenirs glanés ici ou là, et rapportés par une de ses petites filles angevines, Germaine, qui, à la charnière du vingtième siècle, passait parfois quelques jours de vacances à Montjean chez sa grand-mère dans sa maison de la place du Vallon, proche de l’entrée de l’ancienne mine de charbon!

Rien en tout cas qui justifierait aux yeux d’un historien académique, qu’elle franchisse allègrement les décennies en imprimant une indélébile marque sur la postérité…

On possède malgré tout une photographie d’elle – une seule – perdue au milieu du remariage d’un de ses fils en 1897, alors qu’elle était déjà âgée, et veuve depuis un an de son perreyeur ou carrier d’époux, Mathurin Turbelier (1825-1896) ! Elle porte la coiffe des paysannes riveraines de la Loire…
Autant dire qu’en 2017, son anniversaire avait toutes les chances de passer inaperçu, s’il ne m’était venu à l’idée en ce lendemain de Noël gris, brumeux et pluvieux, de vagabonder au travers des imprévisibles labyrinthes de mon arbre généalogique à la recherche de quelque rameau oublié qui puisse retenir mon attention et m’offre la chance de nouer une improbable aventure sans lendemain et sans risque avec une gente dame d’autrefois …

Point d’Emilie de Breteuil dans ma gibecière, ni de Louise de Prusse! En fait, je ne suis tombé que sur cette adorable grand-mère au regard de « Tigre » vendéen et méfiant, dont j’ai déjà eu l’occasion de parler ici, mais dont je n’avais encore jamais fêté la naissance ! « Pour cause, me dira t’-on, on ne peut célébrer la naissance de tous les aïeux figurant sur notre série géométrique généalogique ».

Malgré tout, on peut faire des exceptions! Et, en l’occurrence, cent quatre-vingt-neuf berges, ça compte pour cette riveraine de mon fleuve de cœur, la Loire, ma « terre » fluide, en perpétuel mouvement au rythme des saisons … Comme se plait souvent à le rappeler – et bien plus joliment que moi – l’académicienne et écrivaine Danielle Sallenave, originaire de Savennières !


Et en plus ça « tombe » bien, car Marie Fillion est l’incarnation même de ma famille maternelle, métissée des deux rives mais entièrement ligérienne …

Par sa mère, Angélique Pasquier (1790-1866) – « fille de confiance » de son état – Marie serait plutôt influencée par la rive droite du fleuve en aval d’Angers et en amont d’Ancenis. Cependant, tant par le lieu de sa naissance, que par son ascendance paternelle, elle ne pouvait être qu’héritière des us et des coutumes de la rive gauche du côté de Saint-Florent-le Vieil, Bouzillé et des Mauges… Des mœurs et convictions ancestrales que je revendique encore aujourd’hui sans toutefois y adhérer.

Certes, son père était né bien en amont, à Saumur en 1795, mais par la force des événements tragiques qui avaient contraint ses parents à s’y réfugier à la suite des combats fratricides des guerres de Vendée à Saint-Florent-le-Vieil et des actes génocidaires à jamais impunis, perpétrés par les troupes de la Convention pour mâter la rébellion…

Marie est née avec ce fardeau et ces fantômes … et nous aussi, forcément!

Parmi les autres perdreaux de l’année 1828, il faut évidemment citer son presque compatriote Jules Vernes, né à Nantes le 8 février 1828… Mais aussi du côté de l’Oural, ces contrées dont Marie n’imaginaient peut-être même pas qu’elles puissent exister, un certain Léon Tolstoï, le 28 août 1828…

Il est possible enfin qu’elle ait entendu parler par un colporteur de passage à Montjean, de René Caillié, un gâs des Deux-Sèvres et explorateur réputé, qui, en 1828, réussit à rallier Tombouctou au Mali à partir du Sénégal, et qui, surtout, parvint pour la première fois dans l’histoire occidentale, à en revenir vivant !

Finalement, on ne saura jamais ce qu’elle sut vraiment du monde qui l’entourait, alors qu’elle traversa deux monarchies – Bourbon et Orléans – deux Républiques dont une « Lamartinienne » et un empire napoléonien…Non plus qu’on élucidera cette curieuse concordance des dates, qui fit que, née au lendemain de la Nativité chrétienne, elle mourut la veille de la Fête nationale, le 13 juillet 1911 à l’hospice civil de Montjean-sur-Loire.

Bon anniversaire, petite Marie !

 

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